d'une fertile vacuité
2017
Musique de chambre, Voix, Autre
effectif :
récitant(e), soprano, violoncelle, accordéon, piano
durée :
16 à 17 mn

écrit sur un texte de Françoise Matthey

création le 12 mars 2018, Salle Varèse à Lyon, par Sylvia Bergé, de la Comédie Française, et l’Ensemble In & Out (Thierry Ravassard)

 

“d’une fertile vacuité” a obtenu le prix 2017 du Concours Pierre-Jean Jouve

 

partition : fichier pdf  gratuit sur demande au compositeur

présentation :

    La composition de « d’une fertile vacuité » a été marquée par l’heureuse et progressive rencontre avec la belle poésie de Françoise Matthey. Le texte venait à la rencontre de mes envies musicales en même temps qu’il en fournissait le support. Poésie très fine dont le sens parfois seulement suggéré est aux sens toujours révélé. Poésie qui se découvre dans le renouvellement des lectures. Poésie aussi – je le découvrais au fil du travail – qui a été clairement structurée, comme une composition bien charpentée.
    Cinq grandes parties sont typographiquement séparées par de petites étoiles et offrent un sens et des lignes directrices propres. J’ai tenté d’y répondre en cinq grandes sections dont chacune est développée à partir d’une idée ou d’un principe de base.

« Ecoute ! »

Voici la marque de la première section. La matière musicale y est volontairement légère et s’efforce de nous inciter à écouter. Tout juste quelques illustrations du texte font saillie – figuralisme aurait-on dit en d’autres époques. Mais c’est surtout ici qu’est trouvée réponse à la question que j’éprouvais avec difficulté : quel sens donner, quelle place accorder à la partie de soprano, voix appelée à voisiner avec une autre voix dont j’avais peur qu’elle puisse troubler la primauté. Le tout début y donne réponse (début que j’ai d’ailleurs écrit assez tardivement sur la base d’éléments qui apparaissent ultérieurement dans la partition et que j’avais notés au fil de la plume) : la soprano apparaît simplement en quelque sorte comme la « voix de tendresse, voix de silence » de la narratrice. Comme une voix intérieure par qui parfois réémerge du texte qui a déjà été récité, qui parfois l’accompagne ou le prépare : « Comment », dit l’une, «Comment donner corps à ce qui n’en a pas » poursuit l’autre.

« Il n’est point de séjour pour elle »

La seconde partie est habitée par la fragilité des instruments : légèreté du piano d’une part, violoncelle et accordéon imbriqués en miroitement aigu d’autre part.

« Comment donner corps à ce qui n’en a pas »

La troisième partie est celle des questions. Pour les trois quarts, les vers y formulent des interrogations, explicites ou implicites. Une timide hypothèse y est insérée avec d’autant plus de valeur qu’elle s’exprime dans un silence total : « La musique peut-être ». Cette dernière n’est tout au long de cette section qu’un enveloppement, une simple et lente oscillation des résonances internes d’un son fondamental qui vont jusqu’à s’évaporer avec les sifflantes du texte « Se faire nu dans le trop plein des jours ? Poser sa suffisance ? Etre dans la béance ? ». Creuset ouvert et sans poids, très certainement ressenti comme « l’interlude d’une fertile vacuité ».

« Etre »

La répétition du verbe « Etre » dans la partie suivante du poème sépare ses quatre strophes tout en les ouvrant. La composition n’avait qu’à se calquer sur cette structure en marquant ses articulations par le retour, à l’accordéon, d’un geste très repérable. Les deux voix sont en connivence autour du verbe « Etre ». La récitation est constamment supportée par la répétition tournante et calme d’accords au piano.

« Entends ! »

La partition réintègre dans la dernière partie plusieurs éléments musicaux déjà rencontrés, notamment grâce à la soprano qui retrouve, par bribes, son chant initial. Ce pont avec la première partie, le poème finit par le confirmer : « Entends ! Entends la joie et son doux rire d’amante ».