a6 = At
Six Chants de Nature et d'Amour
2012
Dirigé, Voix
effectif :
40 voix et 8 percussions
durée :
13 à 14 mn

commande CNSMD de Lyon et GRAME
création le 14 mai 2013 à la Chambre de Commerce et d’Industrie (Lyon) sous la direction de Nicole Corti


partition : en vente auprès du compositeur

présentation :

à Nicole Corti

    C’est avec une certaine prudence qu’à la fin de 1610 Galilée annonce une nouvelle découverte, dont il ne semble pas encore certain. D’une phrase sybilline (“Haec immatura a me jam frustra leguntur oy”), il prévient ses interlocuteurs : “C’est en vain que je déchiffre ces choses non encore abouties”. Un mois après, il confirme en décryptant ce qui n’était qu’un anagramme de sa vraie révélation : la planète Vénus (“mater amorum”, la mère des amours) a des phases à l’image de celles de la lune (Cynthia) : “Cynthiae figuras aemulatur mater amorum”. Cette découverte était un nouvel argument en faveur de la thèse de Copernic qui fait tourner les planètes autour du soleil.
    Ces deux phrases de Galilée forment la matière des sections les plus courtes de la pièce, sortes de refrains changeants qui constituent l’Introduction, quatre Transitions, et la Conclusion. Dans la plupart de ces sections, l’écriture met en rotation les voix, suivant la disposition en cercle des huit quintettes autour de leur chef.
    Entre ces brèves sections, prennent part les Chants de Nature et d’Amour proprement dits.
    Le premier, en italien, est écrit par Giordano Bruno, contemporain de Galilée. Prenant appui sur quelques comparaisons dans le domaine de la nature, il y explique que tout est relatif. En matière de beauté, il n’y a pas d’absolu (“Nulla è assolumente bello”); si le singe plaît à la guenon, le cheval séduit la jument, et même Vénus (“neanche Venere …”) ne peut être un idéal absolu. Aussi bien, certains trouveront leur bonheur sur les hautes cimes pendant que d’autres auront leurs biens dans les paysages de plaines.
    Le chant suivant est en anglais, et a été utilisé, toujours à la même époque, par le compositeur Thomas Morley dans une de ses canzonete. Il développe le thème bien habituel d’un cœur malheureux enchaîné dans les filets dorés de l’Amour, prison de fils d’or, pailletés de perles et rubis (“golden wyers, with Pearle and Reubie”).
    Dans les mêmes années, en France, Honoré d’Urfé écrivait son fameux roman-fleuve, l’Astrée.J’en ai retenu de très brefs extraits pour nourrir le troisième Chant. On y voit des jeunes filles attirées vers “un bocage épais, dont les branches entrelacées formoient un berçeau”. On les incite à s’y rendre “avant que la lune commence à décroître … avec un chapeau de verveine, et une ceinture de fougère”.
    Pendant ce temps, en Espagne, le Don Quichotte de Cervantes clamait ses difficultés.
“Amor, cuando yo pienso en el mal que me das terrible y fuerte, voy corriendo a la muerte” : sous la force du terrible mal que lui procure l’amour, il se précipite vers la mort. Mais au moment de franchir le pas, port de cette mer de douleurs, il se sent si joyeux que la vie reprend ses droits. “Oh condición no oída”, Ah ! qu’il est dur d’être ainsi le jouet de la mort et de la vie !
    Le chant suivant, le cinquième donc – et dernier – quitte cette époque pour suivre Ovide dans une fable de ses Métamorphoses. Le cyclope Polyphème chante son admiration pour Galatée, installé sur un rocher face à la mer, et déplorant son indifférence : ”I rage ! I melt ! I burn !” dira le livret d’Acis et Galatée de Hændel. C’est la force de cette dernière œuvre qui, non seulement explique l’irruption de l’anglais dans ce chant latin, mais qui surtout se révèle comme le vrai ferment d’ a6 = At. Galatée clôt enfin ce chant par un très calme appel à la nature : “Hush, ye pretty warbling quire” … Silence, ô joli chœur gazouillant …


    Mais cela ne fait pas plus de cinq chants, alors que le sous-titre en annonce six.
C’est que ce même livret de Hændel s’invite dans l’Introduction, les Transitions et la Conclusion, en un sixième chant diffus qui apporte son énergie heureuse à ces sections, et à toute la pièce : ”Oh ! the pleasure of the plains … Happy we !”